Edito

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Répondre à l’appel du Seigneur

Dans l’Évangile de ce dimanche Jésus oppose trois images de mouvements à trois images où les personnes risquent de s’installer et donc de se scléroser, de s’enfermer, en d’autres termes de mourir. Le premier veut le suivre « partout où tu iras », mais, dans son esprit, ce «  » est un endroit où l’on va s’arrêter. Le Christ lui répond qu’il n’y a pas d’arrêt, pas de repos. Le second, qui veut enterre son père, veut lui donner une demeure, un séjour dans le mort. Le Christ lui dit de partir, de quitter le lieu de la mort et d’aller annoncer le « règne de Dieu ». C’est-à-dire le règne de la Vie. Enfin le troisième, qui veut d’abord retourner chez lui pour y faire ses adieux, Jésus lui demande de ne pas regarder en arrière, vers le passé, qui est mort, mais de se tourner résolument vers l’avenir.

            On voit que les appels de Jésus se caractérisent toujours par leur radicalité. Jésus, dont on peut, si souvent, admirer la miséricorde et la compréhension, ne souffre aucun atermoiement lorsqu’il s’agit de l’appel à le suivre, lorsqu’il s’agit du salut de notre âme. Sa parole a l’autorité de la Parole de Dieu et elle n’admet qu’un type de réponse : se lever, tout quitter, se mettre en marche à sa suite. C’est ainsi que Luc conclut le récit de la pêche miraculeuse qui marque l’appel des quatre premiers disciples : « Laissant tout, ils le suivirent » (5,11). On peut s’étonner de ce caractère absolu des attitudes suscitées par l’Évangile. Comment des hommes et des femmes jeunes peuvent-ils au nom du Christ engager leur vie dans une fidélité au sacrement qui les unit, au geste qui les engage dans le ministère ordonné ou dans la vie religieuse ? Poser ainsi la question c’est ne pas comprendre qu’au cœur même de nos fragilités la parole du Christ ne peut susciter qu’une réponse, celle de Marie, celle des disciples : le « oui » qui reconnait cette parole pour ce qu’elle est. Nous ne sommes pas toujours fidèles à ce oui, mais nous ne pouvons pas répondre « peut-être » ou « si tout va bien ! ». Quelles que soient nos faiblesses ou nos infidélités, le oui sincère et généreux, dit en réponse à l’appel du Christ, reste dans nos vies un moment d’éternité que le Père saura consacrer.

            Mais tous ne sont pas appelés à se donner dans la vie sacerdotale ou religieuse ! Alors qu’est-ce que cela veut dire pour chacun de nous ? Simplement qu’il faut bouger, marcher, aller de l’avant. Car dans l’amour, celui qui s’arrête recule ! Nous pouvons relire tout cela en terme de liberté. C’est ce que fait Saint Paul dans la seconde lecture (Ga 5, 1-18). Le Christ nous a libérés de tout ce qui s’oppose à la vie et à l’amour. Par les paraboles de l’enterrement du père et de l’adieu aux gens de sa maison, le Christ veut simplement nous réveiller, nous libérer de nos pesanteurs, de nos peurs, de nos attaches et nous appeler à marcher à sa suite, nous appeler à la vie !

Répondre à l’appel du Seigneur, c’est donc décider de vivre de la joie de Dieu dès cette vie sur terre. C’est décider de ne pas s’installer mais d’aller de l’avent !  Car l’amour, comme la vie, comme l’eau, ne supporte pas la stagnation !

 

Père Bertrand LESTIEN