Edito

La Semaine Sainte avec St Luc

Sommet de notre foi, la Semaine Sainte nous verra célébrer le cœur de notre foi : Jésus, a été livré sous Ponce Pilate, a souffert la passion, est mort et est ressuscité. L’importance de cet évènement – qui ne se déroule pourtant que sur une vingtaine d’heures – a une telle importance dans notre Foi que chacun des évangélistes y consacre une part importante de son évangile (jusqu’à 1/3 de l’évangile chez St Jean).

Des exégètes supposent que dès la première communauté chrétienne à Jérusalem, dès les 5 ou 10 premières années qui ont suivi la mort de Jésus, un premier récit de la passion a été rédigé et était lu lors de la célébration de la Pâque. C’est pour dire que la lecture de la Passion pendant la Semaine Sainte est ancrée dans la plus ancienne tradition de l’Église !

Chaque évangéliste raconte avec une accentuation théologique particulière les évènements dramatiques qui ont entouré la mort de Jésus. L’évangéliste St Luc, que nous suivons cette année lors du dimanche des Rameaux, cherche à rendre au mieux compte de enchaînement des faits. Pour cela, il cherche à écrire un récit engagé, c’est-à-dire le récit d’un disciple qui suit son maître. Il insiste sur l’innocence de Jésus et va omettre certains détails cruels et offensants pour que son récit soit un appel à suivre Jésus tel que Jésus à vécu intérieurement la Passion : avec amour et douceur. Ainsi, si les autres évangélistes synoptiques insistent sur l’isolement de

Jésus, Luc insiste sur le fait que Jésus reçoit un véritable soutient lors de sa Passion. D’abord à Gethsémani où un ange vient le consoler, puis tout au long de la Passion où Jésus est en contact permanent avec son Père ; on ne trouve pas dans son évangile la phrase : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » mais plutôt « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ». Luc écrit ainsi son récit pour présenter la Passion comme une prière de Jésus.

Car dans la perception théologique de Luc, la Passion est déjà le lieu de la guérison. Au cœur de la Passion, Jésus continue à faire du bien (guérison de l’oreille découpée du serviteur du grand prêtre), à pardonner (regard de Jésus vis à vis de Pierre, l’épisode du bon Larron), à être œuvre de communion (réconciliation entre Hérode et Pilate).

« Le disciple n’est pas plus que le maître » Mt 10, 24. En priant cette année avec la Passion selon St Luc, nous sommes, nous aussi, invités à croire – même dans nos souffrances les plus extrêmes – que Notre Père Céleste reste toujours à nos côtés : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ». Nous sommes invités à être nous aussi, au cœur de nos souffrances, des disciples qui ont le même cœur que Jésus : un cœur qui guérit, un cœur qui pardonne, un cœur qui fait œuvre de communion entre les hommes.

 

Père Cyrille de FRILEUZE