Message du jeudi 14 mai 2020

La paix «crée la communauté»

 

Homélie prononcée par le pape François pour le dimanche 10 mai 2020

 

Avant de s’en aller, le Seigneur salue les siens et fais le don de la paix (cf. Jn 14, 27-31), la paix du Seigneur, « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (v.27). Il ne s’agit pas de paix universelle, cette paix sans guerre que nous voulons tous qu’il y ait, mais la paix du cœur, la paix de l’âme, la paix que chacun de nous a en lui. Et le Seigneur la donne mais, souligne-t-il, « ce n’est pas à la manière du monde » (v.27). Comment le monde donne-t-il la paix et comment le Seigneur la donne-t-il ? Est-ce que ce sont des paix différentes ? Oui.
Le monde te donne la « paix intérieure » – c’est celle dont nous parlons, la paix de ta vie, cette vie avec le « cœur en paix »–, il te donne la paix intérieure comme quelque chose que tu possèdes, comme quelque chose qui est à toi et qui t’isole des autres, qui te maintient en toi, que tu as acquis : j’ai la paix. Et toi, sans t’en rendre compte, tu t’enfermes dans cette paix, c’est une paix un peu pour toi, pour chacun ; c’est une paix « seule », c’est une paix qui te rend tranquille, et même heureux. Et dans cette tranquillité, dans ce bonheur, elle t’endort un peu, t’anesthésie et te fait rester avec toi-même dans une certaine tranquillité. C’est un peu égoïste : la paix pour moi, enfermée en moi. C’est ainsi que le monde la donne (cf. v.27). C’est une paix coûteuse, parce que tu dois changer continuellement les « instruments de paix » : quand une chose t’enthousiasme, te donne la paix, et puis ça se termine et tu dois en trouver une autre… Elle coûte cher parce qu’elle est provisoire et stérile.
En revanche, la paix que donne Jésus est autre chose. C’est une paix qui te met en mouvement : elle ne t’isole pas, elle te met en mouvement, elle te fait aller vers les autres, elle crée la communauté, elle crée la communication. Celle du monde est coûteuse, celle de Jésus est gratuite, c’est gratis ; c’est un don du Seigneur, la paix du Seigneur. Elle est féconde, elle te fait avancer.
Un exemple de l’Évangile qui me fait penser à ce qu’est la paix du monde, c’est cet homme qui avait ses greniers pleins et la récolte de cette année-là semblait être très abondante et il pensait : « Il va falloir que je construise d’autres entrepôts, d’autres greniers pour y mettre tout cela et je serai tranquille…, c’est ma tranquillité, je peux vivre tranquille avec cela ». « Tu es fou, dit Dieu, tu vas mourir cette nuit-même » (cf. Lc 12, 13-21). C’est une paix immanente, qui ne t’ouvre pas la porte vers l’au-delà. En revanche la paix du Seigneur est ouverte vers là où il est allé, elle est ouverte au Ciel, elle est ouverte au Paradis. C’est une paix féconde qui s’ouvre et en conduit aussi d’autres avec toi au Paradis.
Je crois que cela nous aidera à réfléchir un peu : quelle est ma paix, où est-ce que je trouve la paix ? Dans les choses, dans le bien-être, dans les voyages – mais maintenant, aujourd’hui, on ne peut pas voyager – dans les biens, dans beaucoup de choses, ou est-ce que je trouve la paix comme un don du Seigneur ? Est-ce que je dois payer la paix ou est-ce que je la reçois gratis du Seigneur ? Comment est ma paix ? Quand il me manque quelque chose, est-ce que je me mets en colère ? Ce n’est pas la paix du Seigneur. C’est une des preuves. Suis-je tranquille dans ma paix, « est-ce que je m’endors » ? Ce n’est pas du Seigneur. Suis-je en paix et est-ce que je veux la communiquer aux autres et faire avancer quelque chose ? Cela, c’est la paix du Seigneur ! Même dans les moments durs, difficiles, cette paix demeure-t-elle en moi ? C’est du Seigneur. Et la paix du Seigneur est féconde pour moi également parce qu’elle est pleine d’espérance, c’est-à-dire qu’elle regarde le Ciel.
Hier – excusez-moi si je dis cela, mais ce sont les choses de la vie qui me font du bien – hier, j’ai reçu une lettre d’un prêtre, un bon prêtre, bon, et il m’a dit que je parlais peu du Ciel, que je devrais en parler davantage. Et il a raison, il a raison. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai voulu souligner cela : que la paix, celle que nous donne Jésus, est une paix pour maintenant et pour l’avenir. C’est commencer à vivre le Ciel, avec la fécondité du Ciel. Ce n’est pas de l’anesthésie. L’autre, si ! Tu t’anesthésies avec les choses du monde et quand la dose de cette anesthésie finit, tu en prends une autre et une autre et une autre… Celle-ci [celle de Jésus] est une paix définitive, féconde et contagieuse. Elle n’est pas narcissique, parce qu’elle regarde toujours le Seigneur. L’autre te regarde, elle est un peu narcissique.
Que le Seigneur nous donne cette paix pleine d’espérance, qui nous rend féconds, qui nous rend communicatifs avec les autres, qui crée la communauté et qui regarde toujours la paix définitive du Paradis.